D'Alba Iulia à Braşov, mardi 1er mai 2012


Ce matin, Stéphanie nous emmène au marché en bas de chez elle, elle nous montre les petits commerces traditionnels. Nous achetons des placinte (placinta au singulier) toutes fraîches pour le petit déjeuner. Ce sont des genres de crêpes épaisses et fourrées à ce qu'on veut : confiture, fromage, chocolat, etc. C'est plutôt agréable de parcourir le marché avec quelqu'un qui le connaît. Au petit déjeuner, les placinte sont accompagnées de confiture et de yaourt : c'est délicieux!

Nous partons vers 10h30, Stéphanie nous emmène à la gare en voiture. Nous trouvons un train pour Sibiu puis Braşov qui part 45 minutes plus tard. Ça tombe à pic. Nous embarquons donc pour une journée de train. Ce n'est pas très rapide car nous traversons des montagnes. Nous pique-niquons à Sibiu avant la correspondance, devant le parking des taxis. Des Dacia Logan, plus précisément. Parce-qu'il n'y a que ça: tous les taxis sont des Logan, la diversité résidant uniquement dans la nuance de jaune de la carrosserie.


Dans le train pour Braşov, il fait une chaleur étouffante. Nous commençons à regretter la relative fraîcheur des Apuseni. A propos de montagnes, nous en apercevons encore beaucoup à travers la fenêtre du wagon ; certaines sont même enneigées.

A Braşov, nous repérons un bus qui part à Galaţi demain matin. Galaţi, c'est le point où s'effectue la traversée du Danube. Car notre objectif, maintenant, c'est de rallier le delta du Danube, zone ornithologique incontournable en Roumanie.
En attendant, nous descendons en centre-ville. Le premier hôtel repéré est fermé le 1er mai, mais nous en trouvons un autre dans une petite rue, une sorte d'auberge de jeunesse, avec les douches au fond du couloir.

Nous profitons de la soirée pour faire un tour dans la ville, en commençant par l'église noire (la"biserica neagră" en roumain, protestante), de dimensions impressionnantes rien qu'à l'extérieur. Dommage, elle est déjà fermée. Nous revenons sur la place du conseil ("piaţa sfatului"), d'allure très germanique avec sa tour de guet / maison du conseil au centre. Nos pas nous mènent ensuite à une des portes de la ville, puis dans la grande rue piétonne investie par les terrasses des restaurants. L'architecture de la ville dénote clairement l'origine saxonne de la ville, mais l'ambiance est méditerranéenne :le centre-ville est très vivant, plein de monde, et de nombreux magasins sont encore ouverts alors qu'il est près de 20h.
Le Routard vante un restaurant à l'ambiance médiévale sur la colline de la citadelle. Nous retraversons donc le parc dans cette direction et grimpons à l'assaut de la cetatea ("citadelle" en roumain). C'est drôlement haut et pentu, mais de là, nous avons une superbe vue sur Braşov et les collines qui l'entourent. Le resto est situé sur un des bastions, en plein vent, et l'ambiance médiévale est réduite au décor des sets de table. On y mange cependant assez bien, mais le vent est décidément très fort, nous sommes les derniers dîneurs et nous nous faisons littéralement virer sans dessert !! A force de fréquenter les restaurants roumains, nous finirons par nous rendre compte que le dessert doit être commandé dès le début du repas,avec les autres plats, et non pas à la fin comme en France. Le temps de comprendre ça, nous aurons raté un certain nombre de desserts...


Nous redescendons donc en centre-ville, encore bien animé, lui. Nous y achetons des placinte au fromage (moins bons que ceux du matin), et des sortes de bretzels frais à la noisette qui nous servent de dessert. Ce genre de pâtisserie se vend un peu partout dans les villes. Nous n'avions pas encore goûté ; c'est bon, mais un peu bourratif et écœurant tellement c'est gras et sucré.
Maintenant, il fait plus frais et la promenade nocturne est tout à fait agréable après la chaude journée que nous avons passée.

De Braşov à Tulcea, mercredi 2 mai 2012

Peu avant de quitter l'hôtel, nous demandons un taxi à la réception car nous voulons prendre le car de 7h45 pour Galaţi. Une fois à la gare des cars ("autogara" en roumain), un gars nous demande où nous voulons aller et nous indique notre bus. Parfait. La serviabilité des Roumains nous surprend toujours, nous craignons qu'ils ne demandent quelque chose en échange, comme c'est souvent le cas en Afrique du Nord. Mais non, pas du tout, leurs renseignements sont visiblement gratuits.
Nous embarquons donc les sacs, et c'est parti. Après la journée de train, une journée de bus se profile. Notre véhicule est un minibus, comme beaucoup d'autres véhicules de cette autogara : 20 sièges toujours occupés malgré les montées et les descentes des passagers. Il ne vaut mieux pas arriver juste avant le départ du bus, on risquerait fort de ne plus avoir de place. Les trajets, horaires et quais des bus sont bien indiqués, d'une manière générale.
Nous traversons Ploieşti,Buzau, Brăila, et atteignons enfin Galaţi en milieu de journée.

En réalité, notre minibus nous dépose dans la proche banlieue de Galaţi, un peu au sud de la ville, et en-dehors de toute gare routière ou ferroviaire. Nous ne savons pas où nous sommes (ça devient une habitude), et trouvons la gare fluviale et le bac sur le Danube un peu par hasard, en nous fiant au sens de l'orientation d'Antoine ("le Danube doit être par là, en bas de la pente").
Nous pique-niquons au bord du fleuve : il y a une micro-épicerie et des cabanes qui proposent de quoi grignoter.

Il s'agit maintenant de rejoindre la gare routière, la vraie, afin de trouver un bus pour Tulcea, la ville qui constitue en quelque sorte l'entrée du delta. Nous sautons dans un taxi qui guette les passagers à l'arrivée du bac, direction l'autogara.
En cours de route, le chauffeur nous demande "quelle autogara ?" (en roumain). Ben, celle où le bus part pour Tulcea ! "Nu, nu !" Nu quoi ? Il n'y a pas de bus pour Tulcea ici, répond-il, il faut d'abord prendre le bac ! Ah. Zut. Bon, ben, on fait demi-tour alors... Notre erreur nous coûte 20 RON, soit le tarif aller-retour pour le centre-ville de Galaţi, et l'impression désagréable de nous être fait avoir comme il faut.
Nous traversons donc le Danube en bac. Et trouvons un car pour Tulcea de l'autre côté ! Cette fois-ci, et à notre décharge, les directions et les moyens de transport n'étaient pas très bien indiqués. Indiqués en roumain, quoi.


 A Galaţi, le Danube est assez large, et aussi sale que toutes les rivières longées et traversées depuis le début du voyage. Tout comme les sentiers, d'ailleurs : quand nous étions au fin fond des forêts, dans les Apuseni, à l'écart de tous les chemins, il y avait toujours une cannette de bière écrasée pour nous rappeler la civilisation. Alors, sur le Danube, c'est la même chose multipliée par 100 : bouteilles diverses, détritus, plastique, etc. Ca flotte, ça s'accumule le long des berges et ça gâche franchement le paysage.


Un peu plus d'une heure plus tard, nous débarquons à l'autogara de Tulcea. L'idéal serait de prendre tout de suite un bateau pour aller à Sulina. Ou ailleurs, mais en tout cas carrément dans le delta.
Une affiche indique qu'il faut être en possession d'une autorisation pour se rendre dans le delta, car c'est une réserve naturelle. Malheureusement, l'administration qui délivre les autorisations est fermée, l'office du tourisme aussi et il n'y a aucun bateau pour Sulina avant demain, 13h30. Autre problème que nous constatons en Roumanie : les horaires de fermeture des bâtiments publics. Il est très difficile de trouver quoi que ce soit d'ouvert après 16h00. Ce qui n'est pas du tout pratique quand on voyage et qu'on passe le plus grande partie de la journée dans les transports.
Nous voilà donc coincés à Tulcea. Nous trouvons un hôtel, 3 étoiles parmi les nombreux 3 étoiles de la ville. Pas sûr qu'il y ait le standing inférieur dans cette ville. Nous supposons que viennent ici des pêcheurs fortunés attirés par la faune du delta. Il y a d'ailleurs plusieurs magasins d'articles de pêche et de sports nautiques. C'est dans l'un d'eux qu'Antoine achète une superbe casquette camouflage (pas de choix), indispensable (la casquette, pas le camouflage) sous ce soleil de plomb.

La fin de la journée est consacrée à la recherche des horaires et des informations nécessaires pour demain. En chemin, nous nous faisons interpeler par des sortes de rabatteurs : "Hello guys ! Do you want to do a trip tomorrow ?" Ils travaillent pour des compagnies de tourisme qui proposent des excursions dans le delta. Mais cela ne nous intéresse pas, nous voulons simplement aller là-bas, pas y faire une boucle en bateau.
Nous traînons sur les quais avant de dîner. Au menu, soupe de poisson (c'est à dire un poisson, avec les arêtes, presque les écailles, dans le bouillon) et un étonnant plat de viandes variées et de caşcaval superposés. Aussi goûtu que la soupe est mauvaise, mais vraiment très copieux.
Nous rentrons à l'hôtel juste à temps pour assister au fameux et tant attendu débat présidentiel entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Pendant un moment, nous nous croirions presque de retour en France...

De Tulcea à Sulina, jeudi 3 mai 2012

Nous prenons le petit déjeuner dans la salle à manger de l'hôtel, mais contrairement à ce qu'on pourrait attendre d'un hôtel 3 étoiles n'importe où en Europe, il n'y a pas de buffet "petit déjeuner continental" : il faut commander à la carte, et celle-ci est intégralement en roumain. Après réflexion et choix hasardeux, nous nous retrouvons avec des œufs au plat, des tartines, de la confiture et du thé. Sans buffet et en roumain, on aurait pu faire pire. 

Première étape de la journée : l'office du tourisme. Nous y trouvons une carte de la ville et du delta, les informations sur notre futur périple dans la réserve et une compagne de voyage. En effet, une jeune française étudiante à Cluj est à l'office du tourisme en même temps que nous. Elle voyage seule dans le coin, nous discutons un instant.

Nous la retrouvons un moment après au bureau de la Réserve du Danube. Nous y faisons la queue afin d'acheter le permis d'accès à la réserve, apparemment obligatoire. 
Au bout d'une demi-heure, nous voici au guichet. On nous annonce qu'il faut d'abord payer le permis (à un autre guichet, sinon c'est trop simple), puis revenir ici pour recevoir la carte. Le tout en roumain. Heureusement que "notre" étudiante est là pour assurer la traduction. Déjà que l'administration et ses détours, c'est parfois abscons, alors l'administration roumaine...
Un gars qui a aussi affaire à ce deuxième guichet nous y guide, communiquant en italien. Ça se trouve tout à fait ailleurs : il faut rentrer par une autre porte qui donne sur une petite rue, puis emprunter un couloir étroit. On n'aurait jamais eu l'idée de chercher un guichet là. D'ailleurs, il n'est indiqué nulle part.
Nous payons notre permis d'accès, puis retour au guichet n°1. Heureusement, la guichetière nous épargne une deuxième demi-heure de queue et nous donne le sésame tant attendu. Le tout nous a pris 45 min : ce n'était même pas la peine d'essayer de se procurer ce truc hier soir...

Étape suivante : le bateau. Au hasard, nous montons sur un ponton où sont amarrées les navettes pour Sulina. Un marinier nous renseigne : il faut acheter les billets à la gare fluviale. L'étudiante française s'y trouve déjà. Nous la retrouverons à nouveau l'après-midi, sur le bateau. 
Cette fois, nous avons tous les papiers nécessaires à notre excursion. Nous avons juste le temps de pique-niquer, puis nous embarquons. 
Il nous faudra 3 heures pour atteindre Sulina, en empruntant le Danube puis sur un de ses bras canalisé, entre les arbres, les roseaux et les cabanes de pêcheurs. C'est beau, dommage que le Danube soit si sale...


En arrivant à Sulina avec nos gros sacs, nous sommes immédiatement repérés par un gars qui nous propose (en anglais puis français) une chambre à louer, puis un tour en bateau. Rien ne nous intéresse pour l'instant, mais il nous laisse son numéro de portable, au cas où nous changerions d'avis. Comme nous cherchons un endroit où camper, il nous conseille la plage. 
En chemin, nous passons à côté d'un genre de mare où nous observons de nombreux oiseaux (Bécasseaux minute et cocorli, Chevalier sylvain, Petit Gravelot... et Bergeronnette citrine !). Un peu plus loin, apparaît devant nous... la Mer Noire ! La plage n'est pas très propre, l'eau non plus ; même faire trempette ne me tente pas. L'eau est pourtant assez claire sur le rivage.


Nous parcourons le marais en arrière de la plage à la recherche d'un coin discret où planter la tente quand Antoine est attiré par un chant bizarre : nous découvrons bientôt une Rousserole turdoïde qui chante dans les roseaux. Nous restons un moment à l'observer et à l'écouter.
Nous trouvons enfin un coin pour camper, au bord d'un canal qui traverse la plage. Avec les roseaux en face (Rossignol progné, Fauvette babillarde...), la lune qui éclaire la mer juste à côté et le clapotis de l'eau, c'est l'endroit rêvé où passer la nuit. Mais il fait très chaud dans ces marais, et les moustiques attaquent. Dès le repas (pâtes-caşcaval-saucisson) avalé, nous nous enfermons dans la tente.